Issu du Monde du 13/05/2006
Editorial
A nos lecteurs, par Jean-Marie Colombani
LE MONDE | 13.05.06 | 12h40 • Mis à jour le 13.05.06 | 12h40
Le pouvoir a décidé d'ouvrir une information contre X... pour violation du secret de l'instruction. Dans l'affaire Clearstream, Le Monde avance pas à pas, vérification après vérification, pour tenter de contribuer à faire la lumière sur cette ténébreuse machination. Nos lectrices et nos lecteurs doivent savoir que leur journal est particulièrement visé par cette offensive judiciaire décrétée au sommet. Nous avons en effet de solides raisons de penser que, dans l'esprit du premier ministre, Le Monde et les deux magistrats chargés de l'enquête se seraient ligués pour le détruire ; et qu'il faudrait donc les freiner voire les contraindre.
Cette attitude n'est guère surprenante, dès lors que nous sommes au seuil d'une semaine où de nouvelles auditions pourraient donner à l'affaire une dimension judiciaire plus forte. Elle vient confirmer les doutes que nous avions émis dès la crise des banlieues sur le mode de gouvernement de Dominique de Villepin. Multiplier les contre-feux, cibler magistrats et journalistes, serait, aux yeux du pouvoir, une réponse appropriée.
Ne soyez donc pas surpris, dans les jours qui viennent, si nous devons subir des perquisitions ou d'autres faits de justice manifestement déclenchés, à la demande de ce pouvoir, pour nous intimider. Dans une affaire d'Etat, comme l'est devenue Clearstream, invoquer le secret de l'instruction revient à réserver l'accès aux informations aux seules personnalités du pouvoir concernées, et à en priver les citoyens. En outre, la réforme du code pénal était censée ne pas astreindre les journalistes au respect de ce secret.
Notre intention est de persévérer : contribuer à la manifestation de la vérité est la meilleure façon de défendre nos libertés, qui sont aussi les vôtres.
Que ceux qui croient que le Monde est un journal libre et qui dit toujours la vérité sans aucune contrainte émanant de sa direction financière, de sa régie publicitaire, ou du pouvoir politique lève la main....
Ah... heureusement que tu es encore là pour égayer mes journées Jean-Marie...

